Le Grand Raid, vu de l'intérieur, 2ème partie...
Malgré la pluie, tout le monde est parti très vite. Les 3 km de plat consistent à slalomer entre les grosses flaques d'eau. Un virage à gauche et on entre dans les chemins de canne. C'est
parti pour les 20 km de montée vers le piton de la Fournaise. A contre courant... L'eau qui dévale la pente nous arrive jusqu'aux chevilles. De mieux en mieux. Les pieds secs, c'est grillé pour
un bon moment.
La phase de rafting de durera pas mais sera vite remplacer par le patinage, dans la boue. Je suis parti doucement donc je suis dans les derniers, ce qui fait qu'il y a plus de 2000 personnes qui
viennent de piétiner la zone. Un peu plus haut, les chemins de terre laissent place à des plaques de béton, bien moins glissantes. Ouf! Et 1h après le départ, la pluie s'arrête enfin. Re ouf. Ce
fut dur, mais ca aurait pu être pire.. Les prévisions étaient mauvaises pour les 50 premiers kilomètres.
Ca monte lentement mais surement. 15 km pour gagner 500m en altitude et atteindre le "vrai" début de la montée du volcan. 2h30, premier pointage et premier ravitaillement. Plus de 2000 personnes
sont passés avant moi et il ne reste plus grand chose. Les raisins secs ont regonflés sous l'effet de la pluie, les bénévoles font ce qu'ils peuvent pour servir le flot de personnes qui
arrivent.
Juste après débute la montée du volcan, et là gros bouchon. La pente vite très raide et l'étroitesse du chemin font que ça n'avance pas. Commence alors une longue procession, à la queue leu leu,
pour atteindre le sommet. Pluieurs fois, on doit s'arrêter, le temps que ceux de devant escalades les obstacles. Le temps reste clément et assez chaud, ce qui nous aide à sécher, sans avoir
froid. Les heures passent, à un petit rythme.
5h30 (déjà), le jour se lève (déjà). Très bonne surprise, le ciel commence à montrer une belle couleur bleur. Le début de journée s'annonce pas mal. Coincidence ou explication, le rythme commence
à s'élever, la file s'étire et il est désormais possible de monter à son rythme. On commence à doubler les premiers fatigués, qui s'arrêtent pour reprendre leur souffle. Les pauvres ne sont pas
arrivés. Un autre n'est pas bien du tout, blotti sous sa couverture de survie. L'hélicoptère de la gendarmerie viendra le chercher une demi heure plus tard.
7h. Arrivée au sommet. Pas d'éruption mais le spectacle du volcan reste toujours magnifique. Le prochain pointage n'est plus très loin. 7h30 arrivée au deuxième ravitaillement, 23km de marché!
Les premiers sont passés là à 3h05... Eau, Coca (en très grande quantité sur tout le parcours) bananes et plein d'autres trucs au sucre sont à notre disposition. On en profite pour se
changer (t-shirt et chaussettes principalement), pour se tartiner de crème solaire, et s'étirer. Et ca repart... 7 km jusqu'au pointage suivant, premier des pointages électroniques qui permettent
d'avoir les temps sur internet. Rebelote : ravitaillement et étirement et on recommence.
Le temps passe très vite. On boit, on mange, on court, on respire, on se ravaitaille, on pointe. Mais ca res une course et le temps est compté. Chaque camp de base ferme à une heure donnée. Il
faut donc faire attention au rythme et aux temps d'arrêt ravitaillement. Et là c'est plus facile puique ca descend. 30, 40 puis 50 km et je retrouve Nancy qui m'attendait au point de
ravitaillement suivant. Il est 12h30, l'heure de manger (autre chose que des gateaux, pates de fruits, raisins secs, bananes, etc...). Je me sens plutôt bien, même si les jambes commencent à être
un peu lourdes, aucun bobo. J'ai le droit à une (petite) portion de pates avec un bout de cuisse de poulet. Je reste un peu sur ma faim (vraiment), mais bon je fais avec. En mangeant, j'ai droit
à un petit massage des jambes par Nancy. Si c'est par royal!
Le petit arrêt et le massage me font un bien fou. Le mal de jambes disparait. Seulement voilà, en me relevant, je sens une douleur dans la jambe droite, pas très forte, mais qui me lance dans
toute la jambe. Je pense au début que c'est le fait de me relever et que ca va vite passer. Je quitte Nancy et je reprends la route, direction le piton des neiges. Le coin d'où je repars
s'appelle Mare à Boue, et le nom n'a pas été choisi par hasard... Mais là, c'est sec, ce qui est plutot une bonne nouvelle. Après la longue descente, l'ascension reprend, doucement dans un
premier temps, mais plus on va avancer, plus ca va être dur. Il y a 10 km de montée jusqu'au Gite du piton des Neiges puis encore 10 km d'une longue descente avec près de 1500m de dénivelé
négatif.
Les kilomètres passent mais pas la douleur. AU contraire, elle a tendance a s'accentué, et est plus forte en descente, ce qui n'est pas du tout une bonne nouvelle, vu la descente qui va arriver.
Je suis de moins en moins optimiste. J'ai une vague idée de ce que ça peut être (sciatique?), et même si la douleur reste supportable, je sais qu'en essayant de compenser, je risque de me faire
mal ailleurs...
Tout ça m'occupe l'esprit et me fait un peu oublier l'essentiel : manger et boire. Je finis mal la montée, dans un brouillard glacial. Il fait un froid de gueux au gite du Piton des Neiges. Des
centaines de participants passent se ravitailler en eau, coca ou soupe, devant des pensionnaires du gîte médusés, qui ne s'attendaient surement pas tous à observer un tel manège.
Pour moi la cause est entendue, tout va s'arrêter à Cilaos. Ca ne sert à rien d'aller plus loin, je ne pourrai pas finir. Je vais donc essayer de finir du mieux possible et garder ma polaire au
sec, dans l'idée d'avoir des vetements propres, secs et chauds pour me changer en bas.Conséquence, bon coup de froid... Un gendarme nous presse d'entamer la descente, la vie devant tomber 30/ 40
mn plus tard. Je n'y avais pas pensé ça. Déjà que cette descente est interminable de jour, alors de nuit, dur dur...
Ce fut un vrai calvaire...Presque 3h, alors qu'il en faut normalement la moitié... Et que le premier a mis 35 mn... Toute la descente, je me suis dit "celle là, plus jamais!" . Gros
dénivelé, terrain caillouteux et très glissant, l'obscuurité, tout y était. Arrivée au ravitaillement en bas, enfin! Quelqu'un appel le gite du ption de neiges pour connaitre le nombre de
personnes encore attendu (il n'y a pas 36 solutions pour revenir chez les vivants : revenir en arrière, descendre vers Cilaos ou hélico, la troisième hypothèse n'étant en général pas bon
signe...). Bilan 500 personnes sont dans la descente ou presque et 60 ne sont pas encore arrivés au gite.
Encore 3km pour arriver à Cilaos, par la route. Facile par rapport à la portion d'agent. Etonnament, beaucoup de monde sur le bord de la route, malgré la nuit et l'heure relativement
tardive et à nous souhaiter "Bon courage" pour la suite. Merci, mais pour moi ça s'arrête ici. 20h30 pointage d'entrée à Cilaos. Le temps de retrouver Nancy et de discuter un peu avec
d'autres. J'ai voulu manger un peu, profiter du carri poulet à notre disposition, mais impossible. Le froid et la fatigue m'ont donné la nausée rien qu'un l'odeur. On repart donc...
21h pointage de sortie de Cilaos. Je tend mon dossard. "Vous abandonner monsieur"? OUI! Pendant ce temps là, 80 km plus loin, le premier est tout près d'arriver. Impressionnant...
Voici la lien vers les photos de Nancy (que je n'ai pas encore vues) :
http://www.photoshopshowcase.com/ViewFlashMedia.aspx?AID=257730&AT=3
Le bilan, un peu plus tard...