Rodrigues, jour 2
La nuit fut un peu moins bonne qu’espérée, à cause du ventilateur du plafond qui faisait tant de bruit que ça me réveillait à chaque « chute » de boules quies ! En plus moi sans réveil je suis perdue et je n’ai aucune idée de l’heure qu’il est… Mais après une bonne douche et un petit déj servi sur ma terrasse je quitte mon humeur ronchon ! Le programme de la journée est chargé et nous commençons par qq courses dans port mathurin. J’ai déjà hâte d’y retourner à mon rythme car les devantures des magasins sont pinturlurées avec ingéniosité et originalité. Nous partons retrouver notre collaborateur rodriguais au centre vétérinaire qui est bien plus « basique » que ce que j’avais imaginé et je me demande bien comment les gens s’y retrouvent avec ces prescriptions orales concernant des sachets qui se ressemblent tous. Je pense qu’arrivés chez eux ils ont tt oublié et que les traitements ne sont pas toujours administrés comme prévu… Le vétérinaire n’étant pas là, nous expliquons notre démarche au technicien qui se met enfin à me sourire et à me considérer normalement quand il apprend que je suis vétérinaire ! Il faudra revenir plus tard pour parler au véto. Nous retrouvons ensuite Keith qui travaille juste à côté et qui veut nous présenter au coordinateur du programme décentralisé européen (ou autre titre pompeux équivalent) tout en nous prévenant qu’il est plutôt farfelu et incompétent… En effet, nous ressortirons de son bureau en ayant pas appris grand-chose et surtout en réalisant une fois de plus qu’on préférerait nous voir « dans une case » déterminée, et si possible politisée, que en tant qu’organisme indépendant.
Avant le déjeuner, la présidente veut m’emmener voir mon « filleul » un beau jeune homme de 15 ans délaissé par son père et dont la mère est décédé il ya 2 ans. Pour l’instant il est assidu à l’école mais la présidente a peur qu’il « file un mauvais coton » à force de se sentir délaissé et qu’il abandonne les études au profit du sport qu’il affectionne tant. Il s’appelle Julien et doit faire tourner la tête des adolescentes de son âge avec son regard de braise. Je suis explique que je vais le parrainer et qu’on lui fera un prêt pour ses études s’il veut continuer après l'équivalent du bac, même à Maurice. D’abord timide, il semble très heureux et promet de travailler sérieusement. La tante qui l'a accueilli semble elle aussi sérieuse et la présidente décide de lui attribuer l’aide alimentaire qu’elle avait suspendu pendant un moment en attendant de connaître la « tutrice » de julien. Nous partons ensuite déjeuner « chez ram » un resto tenu par des mauriciens et fréquenté par des mauriciens. Le serveur connaît bien la présidente et badine avec nous pendant tout le repas. Si les portions ne sont pas faramineuses et les prix un peu chers pour rodrigues la cuisine est délicieuse bien qu’un peu poivrée à mon goût, ce qui est typique d’ici semble t-il. Vers 14h nous regagnons le récif pour une petite pause. Comme il fait enfin grand beau temps, je troque la sieste contre un bain de mer dans le lagon qui me fait de l’œil depuis mon arrivée et je ne regrette pas car l’eau est bonne et on peu se baigner sans chaussons ni palmes car il y a beaucoup de sable. Si les coraux et les poissons manquent cruellement à l’appel, je profite des avantages combinés des eaux françaises et réunionnaises : eau à température idéale, sable au lieu du corail et des galets, eau de plus en plus profonde eau fur et à mesure qu’on avance mais sans perdre pied immédiatement comme à étang salé et enfin un peu de courant et qq vaguelettes mais tout autour la protection rassurante du lagon.
En sortant de l’eau, je découvre que le propriétaire de la barque à l’ombre de laquelle j’ai posé mes affaires est entrain de la repeindre. Je pousse ma serviette en m’excusant mais, sympathique, il entame la discussion et m’explique qu’il propose des excursions de snorkeling avec la dite barque. Quand il me donne sa carte de visite, je découvre que c’est le fameux artiste sur lequel j’ai lu un article dans un magazine et qui porte le même nom et prénom que le mari de la marraine de mon frère, qui a un appart’ à St Gilles ! Quelle curieuse coïncidence quand même… Peut être pour s’assurer un cliente, peut être pour me dragouiller ou peut être juste pour être gentil, qui sait, je me suis vue offrir une boisson fraîche sans avoir rien demandé… En plus il aurait pu m’offrir le soda le plus chimique de la terre mais non, c’était une boisson qui ressemblait étrangement au peartizer d’afrique du sud !
Après la douche nous repartons pour une nouvelle série de visite. Près d’une forêt magnifique aux allures de foret de tamarins, je fais la connaissance d’une certaine Janine, qui a transformé pour la communion d’une de ses filles sa modeste case en tôle en lieu de fête : restent les décorations de palmiers et marmites à tremper. Même si elle semble emballée par notre projet de cantinière et que nous repartons avec un bout de gâteau, la présidente et moi sommes attristées de voir la conséquence du poids des traditions. Cette fiesta a du représenter pour elle beaucoup d’argent, alors qu’elle ne gagne pas assez avec le peu d’artisanat qu’elle vend pour faire vivre sa famille… Mais il ne faut pas juger trop vite, même si pour nous ceci semble une aberration, c’est humain d’avoir envie de faire la fête et d’oublier son quotidien sordide, et surtt d’avoir l’impression d’être comme tout le monde.
Juste à côté, notre mission est moins joyeuse car la présidente a décidé d’arrêter l’aide alimentaire d'une femme qui perd à
moitié la tête et dont la famille est tout aussi déjanté. Aucun projet ne fonctionne et ne voyant aucun avenir dans cette famille et l'association préfère transférer l’aide vers une autre
famille qui aura ainsi peut être les moyens de s’en sortir. Le moment est difficile et je ne ferai aucune photo.
Nous
regagnons la direction du récif dans la lumière du soleil couchant mais ferons un stop pour commander une pizza . Pendant ce temps je vais faire un tour sur la plage espérant grapiller qq photos
du coucher de soleil. Alors que j’installe mon trépied et que je fais qq essais peu concluants je vois arriver une petite gamine qui me demande si je veux bien la prendre en photo avec ses
copines. Tout en repensant à un gd photographe que j’entendais dire sur france inter il y a qq temps « je ne prends pas les photos, on me les offre », j’accepte avec joie. Commence
alors une improbable séance photo sur fond de coucher de soleil ou je leur demande, afin de les « décoincer un peu » de jouer aux stars de la télé, jeu auquel elles se prêtent
volontiers. J’en garderai une photo génial, tout autant qu’un inoubliable souvenir.
De retour à l’hôtel, je rejoins Keith pour ce qui semble déjà une évidence, un dîner sur sa terrasse. Nous passerons à nouveau une agréable soirée, et je découvrirai en images sa vie, sa famille et ses voyages. La réunion étant une option pour lui dans les années à venir, je réponds volontiers à toutes ses questions en vantant toute les qualités de ce que je considère déjà être « mon » île.
Juste avant de remonter me coucher, 2 ados arrivent pour demander à Keith de brancher leur sono et leur lumière sur la plage pour
« une petite fête », qui se transforme vite en boîte de nuit techno tout à fait assourdissante, ce qui risque de rend la nuit notre
australien un peu agitée… Il me rassure en me montrant la prise et en me rappelant que c’est lui « qui a le pouvoir » ! Pour un britannique qui parle français, c’est peut être
un jeu de mot, puisque le courant électrique se dit « power » en anglais…