Les chats noirs en Namibie : de Sesriem au Nauflukt
Bien que profondément endormis, le réveil se révèle complètement inutile car dès 4h00 du matin une partie du camping se prépare à l'assaut quotidien de Sossuvlei au lever du soleil... Comme les jeunes du « overland truck » à côté de nous ne sont pas particulièrement discrets et passent tous à côté de notre tente en direction du bloc sanitaire, nous sommes vite sur le pied de guerre nous aussi.
Pourtant, être à Sossulvlei pour le lever du soleil est mathématiquement impossible : le parc ouvre à 5h15, le soleil se lève vers 6h05, la vitesse est limitée à 60km/h et il y a 60km de vraie route (pour une fois) puis 5 km de piste de sable nécessitant absolument de « switcher » les roues en position 4 roues motrices (et de dégonfler un peu les pneus, ce qui prend du temps ). Ca ressemble à un problème de maths niveau école primaire et d'ailleurs la solution est très simple : il faut rouler à bien plus de 60km/h pour être à l'heure !
Bref, les voitures font la queue à la « gate » bien avant 5h15, et dès qu'elle ouvre, tout le monde fait semblant de rouler à 60km/h le temps d'être hors de vue des rangers, puis appuie sur le champignon jusqu'à 100km/h ...Etonnamment, un groupe de camping-car en rang serré s'impose en tête, roulant au milieu pour ne pas se laisser doubler, notamment par le « gang des trépieds », ce qui nous fait mourir de rire (« le clan des camping car » contre « le gang des trépieds » nous on adore...).
Pour éviter la foule de Sossusvlei nous avons prévu de nous arrêter à la dune 45 que nous sommes censés avoir juste le temps d'escalader avant le lever du soleil. Pourtant, le clan des camping-car et le « overland truck » plein de « djeunes » s'y arrête, ce qui nous fait instantanément changer nos plans. Direction donc Sossusvlei, avec seulement 1 seule voiture nous devançant : on est des warriors !
Arrivés à la piste de sable, il faut en moins de 5 minutes dégonfler les pneus (en contrôlant la pression au manomètre) et passer les roues en mode 4x4, ce que nous exécutons avec autant de synchronisation et de rapidité qu'une équipe technique de formule 1 ! Que c'est grisant cette petite course dont le seul enjeu est d'être dans les premiers à s’asseoir sur une dune déserte pour admirer le lever du soleil... Pourtant, nous nous faisons griller par le « gang des trépieds » qui, avec son minibus pas 4x4 et rempli à ras bord, s'ensable complètement quelques mètres plus loin ! Nous exultons car « rien ne sert de courir, il faut partir à point ». c'est mesquin, mais ça fait du bien : leur lever de soleil sera moins glamour que le notre...
Alors que nous arrivons à l'arrache au parking et que le soleil pointe le bout de son nez alors que nous sommes encore au pied des dunes, avec une seule voiture devant nous, nous sommes stupéfaits de constater qu'un groupe est présent sur une crête, confortablement installés depuis visiblement un moment, et savourant un petit dej' … Mais d'où viennent ils bon sang ????? A force de nous creuser la tête, vu qu'ils ont un guide et que certains sont bien trop âgés pour avoir grimpé la crête en moins de 2 minutes, nous en concluons qu'ils viennent du fameux lodge de Sesriem, et qu'ils doivent avoir accès au parc avant les autres. Tout s'achète maintenant sur cette terre, même le droit de voir le lever de soleil avant tout le monde...
Nous crachons nos poumons à escalader la ligne de crête qui surplombe « deadvlei » (le fameux « vlei » si photogénique avec ses arbres pétrifiés) et c'est encore plus difficile que ce que nous avons fait hier. La lumière rasante du matin fait ressortir l'orangé du sable, plein de traces de pattes d' animaux en tout genre, gros ou minuscules. Après une petite pause bien méritée, pour nous éloigner un peu de la foule, nous poursuivons sur la ligne de crête au delà des dernières marques de pas ce qui se révèle encore plus épuisant car il faut « faire la trace ». Je finis par capituler, moitié par fatigue et moitié car le gang des trépieds a investi « deadvlei » (je crois qu'il ont déjà pris 500 photos de chaque arbre mort) et je veux y faire des clichés avant que l'endroit soit trop surpeuplé et la lumière trop dure. Autant la montée est difficile, autant la descente abrupte, sur une centaine de mètres, est grisante ! Cyril, piqué au vif par cette longue crête vierge se lance à l'assaut du sommet, certains lui emboîtant le pas à distance. La vue sera, d'après lui, à la hauteur de ses efforts, et un souvenir inoubliable. Pour ma part je m'éclate dans cet endroit photogénique qui ne ressemble à aucun autre. Tout m'inspire : le sol craquelé, les arbres morts, la texture du sable et le graphisme des lignes de crête. Je comprends un peu mieux chaque jour pourquoi on lit sur les forums de voyage « la Namibie est à la fois le paradis et l'enfer pour les photographes » . Pourquoi l'enfer ? Parce qu'il a tellement de chose à prendre en photos qu'on devient presque fou...
Alors que des cars entiers déversent leur cargaisons de touristes vers 8h30, je m'isole sur une petite crête isolée en attendant Cyril pour profiter encore un peu de la magie du lieu. J'en viens à penser que la lumière doit être encore plus belle au coucher du soleil, mais il doit alors être très difficile de sortir du parc à temps.
Cyril de retour, nous avalons comme des goinfres eau et petit dej' directement au cul de la voiture, car nous n'avons rien avalé depuis 4h30 ce matin, à part un jus de fruit... A peine arrivés au camping nous sautons dans la piscine, tellement remplie qu'elle inonde le gazon autour sur 10 cm de profondeur ! Nous y sympathisons avec 1 couple de québecois qui doivent finir leur voyage par 10j à la Réunion. Le monde est si petit... Cette petite causette en plein soleil autour de la piscine nous a tellement accaparé que nous avons négligé la crème solaire : grosse grosse erreur !
En début d'après midi nous quittons Sesriem pour le parc du Nauflukt où les montagnes remplaçent les dunes oranges. Sur la piste, la voiture fait un bruit bizarre près de la roue avant droite, et nous sentons la loose nous rattraper à grand pas... Cyril stresse et moi je minimise, tablant sur une vibration du pare choc.
Dès notre arrivée dans le parc, vers 17h00, nous voyons des zèbres, des kudus et des duikers au pied de la voiture : ça promet ! Le ranger à l'entrée est super rigolo et nous fait une présentation exhaustive des lieux et de la rando de demain, en insistant sur le fait que nous pourrons nous baigner en chemin. Le camping est sympa, en bord de rivière, et plein d'animaux : mangouste, oiseaux et même une genette !
Pour le dîner (et notre anniversaire de couple), après un double apéro à l'AMARULA, nous expérimentons une nouvelle variation autour de la feta et du poivron rouge (butternut farcies, au BBQ) qui a le mérite, en plus d'être délicieuse, d'éviter l'épluchage fastidieux des butternuts! En effet, se couper un doigt au fin fond de la Namibie est une expérience que nous préférerions éviter...
pour les photos : http://www.photoshopshowcase.com/ViewFlashMedia.aspx?AID=370701&AT=3 ou link